C'est pourtant comme ça à chaque fois. Représentation théâtrale, rentrée des classes, j'ai un trac du feu de Dieu qui commence deux jours avant, et s'éteint brusquement une fois le moment difficile passé.
Je joue ce soir. Bon. J'ai invité mes amis, mes traditionnels afficionados, qui de toutes façons ne seront pas trop méchants. Et puis je t'ai invité toi, un peu pour tester, pour voir si tu aurais envie de venir, d'apparaître déjà comme l'amoureux officiel, le régulier. Tu as dit oui avec un naturel confondant ; j'étais confondue. Heureuse comme tout que tu sois dans la salle à ce moment-là, paralysée de trouille à l'idée que tu m'évalues. Parce que c'est vrai, tu en as fait pendant des années, du théâtre. Et que ça ne fait que trois semaines qu'on se connaît... Tu pourrais encore avoir envie de prendre tes jambes à ton cou, par exemple...
C'est comme ça à chaque fois, pourtant. La simplicité, la douceur, ne pouvaient pas durer toutes seules. Avec l'envie de plaire apparaît l'angoisse de déplaire, et ce soir, mon Très Cher, je dois dire que je flippe un peu ma race.
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